Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) hausse le ton. L’organisation exhorte le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à abroger immédiatement le décret du 1er décembre 2025 relatif à la Haute Cour de Justice, qu’elle considère comme un mécanisme susceptible de protéger d’anciens hauts responsables de l’État, notamment les ex-membres du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Optimuste. Info, le 11 février 2026. Selon le RHAJAC, ce texte, présenté comme une tentative de combler un vide juridique entourant l’organisation de la Haute Cour de Justice, introduit en réalité un dispositif problématique. Le décret mettrait en place un mécanisme de saisine automatique retirant aux juridictions ordinaires la compétence pour traiter certaines affaires, au profit d’une institution qui ne peut actuellement pas être constituée en raison de l’absence de Parlement.
Pour l’organisation, cette situation crée un véritable blocage judiciaire. Des dossiers visant d’anciens hauts fonctionnaires pour des faits présumés de corruption, de détournement de fonds publics ou d’abus de pouvoir risqueraient ainsi d’être suspendus indéfiniment, faute d’organe habilité à les juger.
Dans un contexte déjà marqué par de graves accusations publiques visant plusieurs anciens membres du CPT, le RHAJAC estime que ce décret pourrait servir d’écran procédural, ralentissant, voire neutralisant, les poursuites judiciaires.
Dirigé par Djovany Michel, le Réseau rappelle que la Constitution confie à la Haute Cour de Justice la compétence de juger les grands commis de l’État. Toutefois, en l’absence de Chambre des députés pour engager les mises en accusation et de Sénat pour se constituer en Haute Cour, ce mécanisme demeure inapplicable. Pour le RHAJAC, une exigence constitutionnelle ne saurait être détournée en outil d’impunité.
L’organisation appelle donc le chef du gouvernement à annuler sans délai le décret du 1er décembre 2025 et à prendre toutes les dispositions nécessaires pour garantir la continuité effective des poursuites judiciaires contre tout responsable public, qu’il soit ancien ou en fonction.
« Aucun vide institutionnel ne doit servir de refuge à ceux qui ont exercé le pouvoir. L’égalité devant la loi ne peut être suspendue par des artifices procéduraux », insiste le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption.
La Rédaction