Les organisations de défense des droits humains Jamais Sans Mon Avocat (JASMA) et l’Ordre pour la Défense des Droits Humains (ORDEDH) ont officiellement saisi le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) pour dénoncer ce qu’elles qualifient de graves dérives judiciaires dans le traitement d’un dossier de pillage impliquant l’organisation communautaire Community Hope Haiti (COHH), à Grand-Vide, Pointe-à-Raquette, sur l’île de la Gonâve.
OPTIMISTE.INFO, 15 décembre 2025. Selon la plainte adressée aux autorités judiciaires, les locaux de COHH auraient été méthodiquement pillés en 2023 par un groupe d’individus clairement identifiés, opérant sous la direction présumée de Lens Delphy Hylaire, actuellement résident aux États-Unis. Le préjudice matériel est considérable : 300 panneaux solaires, 20 ordinateurs portables, 210 matelas, ainsi que divers équipements essentiels aux activités communautaires de l’organisation auraient été emportés.
À la suite de ces faits, les responsables de COHH ont sollicité l’intervention du Tribunal de Paix de la Gonâve pour procéder à un constat légal. Le juge de paix Dieuveut Alexandre, accompagné de son greffier Guy Robert Belange, s’est rendu sur les lieux afin de dresser un procès-verbal des dommages. Dans un premier temps, des mandats d’amener auraient été émis contre les personnes soupçonnées d’avoir participé au pillage.
Cependant, quelques jours plus tard, le magistrat aurait adopté une démarche jugée pour le moins troublante. Selon JASMA et ORDEDH, il aurait accepté une demande de transport judiciaire formulée par les mêmes personnes visées par les mandats, retournant sur les lieux afin de « redonner l’état des lieux ». Une initiative que les organisations dénoncent comme contraire aux règles élémentaires de procédure, susceptible de porter gravement atteinte aux droits de l’organisation victime.
Les accusations ne s’arrêtent pas là. Les plaignants affirment que le magistrat aurait ensuite multiplié les retards et blocages procéduraux, en dépit d’une demande formelle du Parquet de Port-au-Prince, datée du 23 septembre 2023, visant à réaliser un transport judiciaire indispensable à l’enquête. Plus préoccupant encore, en décembre 2025, une lettre d’invitation aurait été adressée à une membre du comité exécutif de COHH, alors même que le dossier se trouvait déjà sous la responsabilité du parquet.
Pour JASMA et ORDEDH, l’ensemble de ces agissements fait peser de sérieux soupçons de corruption, de partialité et de collusion avec les auteurs présumés du pillage. Les organisations évoquent également de possibles connivences avec certains agents de la police locale, dénonçant des violations flagrantes des droits humains, un détournement de procédure judiciaire et une entrave manifeste à la bonne administration de la justice.
Face à la gravité des faits allégués, les deux organisations exigent du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire :
l’ouverture immédiate d’une enquête disciplinaire et judiciaire contre le juge Dieuveut Alexandre et son greffier ;
l’extension de l’enquête aux agissements du commissariat de police de Pointe-à-Raquette ;
l’adoption de mesures conservatoires pour préserver l’intégrité de la procédure ;
la protection des membres et représentants de Community Hope Haiti ;
et la sanction de toute faute avérée, conformément à la loi.
La correspondance a également été transmise au Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, à l’Office de la Protection du Citoyen, au Parquet de Port-au-Prince, à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) ainsi qu’à plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains. À ce jour, aucune réaction officielle du CSPJ n’a encore été rendue publique.
LRédsction