Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) alerte sur la dépendance de l’État haïtien à l’égard des entreprises privées impliquées dans l’importation et la distribution des produits pétroliers. Dans une note publiée ce vendredi, l’organisation plaide pour davantage de concurrence, de transparence et de contrôle public dans la gestion du secteur.
Port-au-Prince, 25 septembre 2026
Le RHAJAC cite notamment DINASA, Sol Haïti, Bandari Corporation, CapInvest, Kimazou et DNC, ainsi que d’autres opérateurs du marché pétrolier. Selon l’organisation, cette concentration de l’approvisionnement expose l’État à d’importantes contraintes financières et logistiques.
Une politique de prix qui pèse sur les finances publiques
D’après les données avancées par le RHAJAC, le gallon de gazoline, correspondant à environ 3,8 litres, est actuellement vendu à 700 gourdes, tandis que le diesel est fixé à 770 gourdes. L’organisation affirme que l’État ne perçoit pas de taxe sur la gazoline afin de maintenir son prix à la pompe et qu’il doit, pour le diesel, compenser environ 20 gourdes par gallon afin de préserver le prix officiel.
Pour le RHAJAC, ce mécanisme crée des engagements financiers entre l’État et les importateurs et contribue à renforcer la dépendance du secteur public vis-à-vis des opérateurs privés.
L’organisation soutient également que toute interruption ou réduction des paiements de compensation pourrait affecter l’approvisionnement du marché. Elle évoque notamment le risque de rationnement en cas de baisse des importations.
La question des devises au centre des préoccupations
Le RHAJAC met également en avant la problématique de l’accès aux devises nécessaires au financement des importations pétrolières. Selon l’organisation, si l’État décidait d’importer directement les produits pétroliers, il devrait disposer des ressources en dollars nécessaires pour réaliser ces opérations.
Dans ce contexte, le réseau estime que les relations entre les principaux importateurs et les institutions bancaires constituent un élément qui mérite davantage de transparence. Il appelle notamment la Banque de la République d’Haïti (BRH) et le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) à fournir des informations publiques sur les devises mobilisées pour les importations de carburant.
Le RHAJAC préconise des appels d’offres internationaux
Plutôt que de faire de l’État l’unique importateur de carburant, le RHAJAC propose une réorganisation du marché autour d’une concurrence accrue.
L’organisation recommande notamment de recourir à des appels d’offres internationaux transparents, permettant de mettre en concurrence les différents opérateurs et de diversifier les sources d’approvisionnement. Elle préconise également la constitution d’une réserve stratégique de carburant, destinée à réduire les risques en cas de perturbation du marché international ou de difficultés d’approvisionnement.
Le réseau souhaite par ailleurs que la concurrence soit renforcée non seulement dans l’importation, mais aussi dans le stockage et la distribution des produits pétroliers.
Vers une réforme du système de subvention
Sur la question des subventions, le RHAJAC préconise une réforme progressive du mécanisme actuel. Il estime toutefois que toute évolution devrait préserver les secteurs et les catégories de population les plus vulnérables.
L’organisation propose ainsi de privilégier des mesures ciblées en faveur du transport public et des ménages vulnérables, plutôt que de maintenir indéfiniment un dispositif général de soutien aux prix.
Le RHAJAC demande enfin au MEF et à la BRH de publier les informations permettant à la population d’évaluer le coût réel de la politique actuelle des carburants pour les finances publiques.
Pour le réseau, l’enjeu n’est pas de confier nécessairement à l’État l’ensemble des opérations d’importation, mais de renforcer son rôle de régulateur, d’améliorer la transparence des mécanismes de compensation, de garantir des conditions de concurrence équitables et de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays.
Optimiste. Info